Pourquoi j’aime le rap

« Sais-tu vraiment ce qu’est le rap français ? Pas une machine à sous, mais une machine à penser » C’est la phrase qui est écrite sur le maillot de cette photo prise en 2010, et qui résume bien l’idée de cet article. (ce t-shirt est de la marque Le Savoir est une arme, qui a été créée par le rappeur Medine) Petite précision avant de commencer : je ne vais pas parler du rap dans son ensemble car tous les sons ne se valent pas, loin de là. Certains n’offrent aucune réflexion, loin de là, très loin de là, et ne sont que commerciaux, et ce n’est pas de ce rap là dont je vais parler. Je vais vous parler du rap conscient, pourquoi j’aime ce genre, et ce qu’il m’a apporté.

J’écris cet article parce que ça m’énerve l’image négative que ce genre musical a. Dès qu’un son de rap se fait entendre, c’est tout de suite « ah éloignez de mes oreilles cette musique de sauvages, comment on peut écouter ça, c’est vraiment de la m**** » et ça me contrarie parce que j’apprécie ce genre et qu’il m’a beaucoup apporté. (Après évidemment, chacun ses goûts, on a le droit de ne pas aimer ce genre de musique)

Ce qui m’a donné envie d’écrire cet article, c’est l’émission de France Inter, Affaires sensibles (j’en reparlerai prochainement) consacrée à NTM. Je trouve cette émission intéressante parce qu’elle amène à réfléchir au sens des paroles de ce groupe (ils ne disent pas F*** la police juste pour le plaisir d’insulter la police), et parce qu’elle défend les lettres de noblesse du rap. Oui certains sons peuvent être très bien écrits, ce ne sont pas juste des mots assemblés les uns aux autres par hasard histoire de sonner bien, il y a de nombreuses figures de style derrière, des effets sont recherchés.

Ce que j’aime dans ce genre, c’est que les rappeurs parlent de leur réalité, la vie dans les banlieues, l’islam, le fait d’être origine étrangère, et leur réalité, on ne la connaît pas, ou on la connaît seulement à travers le prisme des médias, et les médias ils peuvent bien raconter ce qu’ils veulent et déformer la réalité pour véhiculer le message qui les arrange… Alors que ici, c’est eux qui racontent leurs expériences et leur vécu, et cela permet de mieux se rendre compte de ce qu’ils vivent vraiment. Ca m’a vraiment beaucoup ouvert l’esprit.

Pour illustrer cette idée, je vais vous parler de quatre artistes qui m’ont marqué (J’ai mis en lien les paroles des musiques, qui se trouvent sur le site Genius. Ce site a la particularité d’expliquer certains passages des textes.)

  • Salif

Dans son album Curriculum vital, Salif parle de manière brute de sa vie dans les banlieues, avec authenticité. Dans le son « R.U.E. (Reflet d’Une Epoque)« , il parle du piège que représente la rue, de la puissance du groupe dans les banlieues, du sentiment de faire partie d’un ensemble, et de sentir coincé ici. Dans « Cursus scolaire« , il explique pourquoi l’école ne l’intéressait plus, pourquoi il a abandonné et pourquoi il regrette. « Warriors » est une dédicace à son groupe d’amis de jeunesse, il raconte leur vie, et les chemins différents qu’ils ont pris parce que « la misère nous rassemble, mais ce putain de destin nous éloigne »

  • Keny Arkana

Keny Arkana a la rage et exprime sa colère face aux dérives des sociétés capitalistes, et qui cherchent à nous faire avaler les messages qui les arrangent. Elle vous nous inciter à réfléchir face au conditionnement de la société et à s’opposer à ce que l’on nous impose.

Désobéissance civile résume bien ses idées :

« Trop nombreux sont ceux qui ont oubliés le passé
L’histoire de l’homme : une honte, faut-il te le ressasser ?

Le monde une spirale ou les mêmes erreurs sont retracées
A force de côtoyer l’horreur, nos cœurs sont devenus glacés
Nous parlent que d’profits, la condition de l’homme effacé
Mondialisation et concurrence sont leurs uniques phrasés
Les peuples unilatéralement écrasés, la création menacée
Multinationales et croissance ont tracée leurs routes sur nos libertés
Ils ont juré, craché qu’rien n’entravera la leur à l’heure ou les
Dictatures sont cachées
A cause de leurs profits, immédiat l’avenir est gâché
Cette bande d’ingrats ont réduit la planète à un grand marché
La loi des plus riches et beaucoup crèvent avant d’être âgés »

Elle exprime cette rage dans La rage :

« Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il arrive
La rage d’aller jusqu’au bout et là où veut bien nous mener la vie
Parce qu’on a la rage, on pourra plus se taire ni s’asseoir dorénavant
On se tiendra prêt parce qu’on a la rage, le cœur et la foi
Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il arrive
La rage d’aller jusqu’au bout et là où veut bien nous mener la vie
Parce qu’on a la rage, rien ne pourra plus nous arrêter
Insoumis, sage, marginal, humaniste ou révolté »

Dans V pour Vérités, elle dénonce le fait que les médias et les politiques tournent les messages à leur avantage pour semer la peur et la haine dans nos coeurs…

(Le présentateur télé après avoir été interrompu pendant son émission : )

« Mesdames et Messieurs, nous réitérons nos excuses après cet acte révoltant, Nous venons de récupérer définitivement l’antenne, nous insistons sur le fait que ce groupuscule étant extrêmement dangereux, tout ce que vous venez d’entendre n’est naturellement que purs mensonges »

Elle fait aussi des sons plus calmes, comme Prière :

  • Kery James

Mon son préféré de Kery James, c’est lui :

Bon ça s’adresse pas du tout à moi, mais je trouve ce son vraiment inspirant et motivant. Il insuffle une forte envie de réussir et de se surpasser malgré les obstacles de la vie. (rien que d’en parler, je me sens émue, c’est dire)

« Parce que la vie est un combat
Pour ceux d’en haut comme pour ceux d’en bas »

« Lève toi et marche ! »

« Et si tu pleures, pleure des larmes de détermination
Car ceci n’est pas une plainte, c’est une révolution !

Apprendre, comprendre, entreprendre, même si on a mal
S’élever, progresser, lutter, même quand on a mal

Banlieusards, forts et fiers de l’être
On est pas condamnés à l’échec »

Dans Au pays des droits de l’homme ?, il dénonce les conditions des prisons. Oui les personnes qui sont en prison ont commis quelque chose de mal, mais ne méritent-elles pas des conditions de détention humaines pour autant? On ne réfléchit jamais ou presque à ce sujet, et ce son permet de s’interroger là dessus. Parce que les conditions de détention sont loin de faire rêver…

Dans A l’ombre du show business, il dénonce le fait que le rap soit sous-médiatisé, et il résume ce dont je parle dans cet article. (Charles Aznavour a participé à cette musique)

« Ils tentent d’étouffer notre art faut être honnête
Ils refusent de reconnaître qu’en ce siècle les rappeurs sont les héritiers des poètes
Notre poésie est urbaine, l’art est universel
Notre poésie est humaine
Nos textes sont des toiles que dévoilent nos mal-êtres
Des destins sans étoiles
Nos lettres, photographies des instants
Deviendront des témoins chantant le passé au présent »

« Mon art est engagé, mon art à un sens
Mon art à une opinion, mon art est intense
Mon art ne s’excuse pas s’ il vous gène
Car il apaise nos cœurs, c’est le cri des Indigènes
Oh que j’aime la langue de Molière, j’suis à fleur de mots, tu sais ;
Y’a une âme derrière ma couleur de peau
Et si je pratique un art triste, c’est que mon cœur est une éponge
On est rappeurs et artistes même si ça vous dérange »

 

  • Médine

Ah Médine ! Je pourrais consacrer un article de blog voire plus à cet artiste tellement il aborde de thèmes dans ses sons. Il parle de sexisme, de lutte pour les droits des femmes, il s’oppose à l’excision, il parle d’évènements historiques comme le 11 septembre 2001, il parle de la guerre d’Algérie (le son 17 Octobre fait référence au 17 octobre 1961 où la police française a brutalement réprimé une manifestation d’Algériens à Paris) (vous connaissiez cet épisode de l’histoire française vous? Moi non avant d’écouter ce son) (les paroles figurent dans les manuels d’histoire de terminale !), il dénonce les conditions des détenus à Guatanamo et le fait que beaucoup de personnes incarcérées ici n’étaient pas coupables, il parle d’histoires d’hommes historiques peu connues en Occident, comme Malcom X, il raconte des histoires d’enfants qui ont souffert à cause de la cruauté des hommes (« Enfant du destin, enfant de la guerre »), comme des enfants indiens (d’Amérique), de la zone israëlo-palestienne, de l’esclavage, ou encore des exactions faites en Birmanie. (et oui les rappeurs en ont parlé bien avant les médias)

C’est ce son de Médine qui m’a fait prendre conscience qu’on vivait dans une société raciste, où on est tellement habitué au racisme que cela ne nous choque pas ou plus, et qu’on a nous aussi des comportements ou des pensées racistes mais que l’on n’a pas conscience que cela en est.

Cette musique fait référence à un événement de juillet 2004 : une femme a prétexté que des hommes noirs et arabes l’avaient attaqué dans le métro parisien sous prétexte qu’elle est juive. Cette prétendue agression a provoqué un scandale retentissant, tout le monde s’est insurgé qu’on agresse des juif.ve.s. Finalement on s’est assez rapidement rendu compte que cette agression n’était qu’un mensonge, et qu’il ne s’était rien passé en fait. Cette agression était un mensonge, mais cela n’avait choqué personne que des individus non blancs soient accusés de faire un tel acte. Parce que dans l’inconscient collectif, »personne non blanche » = « agresseur.se en puissance ». Et c’est ce que ce son dénonce, parce que personne ne s’est excusé qu’ils aient été accusés injustement.

« Question : Arabes et noirs ont-ils eu réparation ?
Réponse : Trois petits points de suspension…
Question : Vous sentez-vous français après cette scène ?
Réponse : J’attends le prochain match pour siffler la Marseillaise »

Ce son me permet de mieux comprendre que, oui on se plaint des problèmes dans les banlieues ou que oui les personnes non blanches n’ont pas toujours un comportement correct, qu’ils s’en prennent aux blancs. Mais en même temps on vit dans une société raciste, et ils doivent faire tous les jours avec le racisme. Donc ça n’a rien d’étonnant si cela nous retombe dessus ensuite…

Cet autre son aide à prendre du recul sur l’islamophobie aussi :

Elle m’a fait prendre conscience que l’islamophobie est vraiment très présente, parce que la société veut nous inciter à ne pas faire confiance aux personnes d’origine arabe, et surtout musulmanes. Et ce son dédramatise vraiment le discours des médias et des politiques qui veulent nous faire peur…

Deux messages de Medine : « L’amour des siens, c’est pas la haine des autres » et « C’est la force de la culture face à la culture de la force »

J’ai vu Médine en concert, et c’était un moment fort, de voir ce rappeur dénoncer des thèmes, de s’engager, et qu’en même temps il y ait une super ambiance. C’était vraiment un beau moment, j’ai beaucoup aimé.

 

Après, au delà des paroles, je trouve le style musical intéressant parce que je le trouve apaisant. Je trouve qu’il me permet d’extérioriser de la colère, de l’énervement, et après avoir écouté des sons de rap, je me sens plus calme (C’est propre à chacun, chaque style de musique apporte des choses différentes, mais seul le rap me fait cet effet)

 

Voilà, j’espère que cet article vous aura apporté une autre vision du rap 🙂 Honnêtement quel autre musical a une telle richesse d’enseignement et de réflexions ?

 

PS : Pour l’anecdote, la citation « Ecrire c’est magique, ça peut te sortir de l’enfer » qui se trouve dans mon profil Hellocoton vient d’un son de Medine. Une autre citation qui m’a beaucoup aidé pendant mes (longues) études, « Détermination discipline travail » (simple directe et efficace), vient d’un album du rappeur Alpha 5.20. Et le sous-titre de mon blog « Déploie tes ailes, deviens qui tu es, ose ! » vient d’un son de Keny Arkana 🙂

PPS : Evitez svp de poster un commentaire pour juste dire que vous n’écoutez pas du rap parce que vraiment vous n’appréciez pas ce genre musical (ça ne peut pas plaire à tout le monde), ça sera franchement hors sujet, ce n’est pas du tout l’objet de cet article.

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Une semaine avec les migrants à Calais

Fin juin, je suis partie pendant une semaine faire un « séjour solidaire » avec le Secours Catholique. Cette association organise des séjours de bénévolat pour les jeunes de 18 à 35 ans, et les thèmes sont nombreux : accompagnement de personnes âgées isolées, de familles en difficultés, et même aussi semaine avec les migrants à Calais. C’est ce que j’ai choisi.

Une semaine avec les migrants

Les médias parlent beaucoup des migrants cette année, et j’étais curieuse de voir ce qu’il y avait au delà de ce que les journaux et la télévision racontent. Je donnais aussi des cours de soutien scolaire à des jeunes en difficulté issus de familles d’immigrés, et cela m’intéressait de me rapprocher de cette population. Comme j’avais du temps libre et que la reprise de travail m’empêchera très probablement de revivre cette expérience, j’ai saisi l’occasion !

J’étais avec deux autres bénévoles : deux jeunes de 18 ans qui venaient de passer leur bac. (J’ai passé le mien il y a 10 ans, donc autant dire que cela a été étrange et que cela m’a rappelé des souvenirs :p) On s’est bien entendues toutes les trois pendant la semaine.

Le thème du séjour était d’accompagner et d’encadrer les migrants, au centre d’accueil du Secours Catholique mais aussi dans la « Jungle« . La Jungle, c’est ce bidonville où vivent des milliers de personnes, en attendant la plupart du temps de pouvoir franchir la frontière très fermée et très surveillée entre la France ou l’Angleterre, ou attendant de pouvoir s’installer dans notre pays. Le centre d’accueil est lui un endroit où les migrants peuvent venir pour sortir de la Jungle, faire des animations, discuter à l’abri et au chaud, faire des demandes d’asile…

La « Jungle »

La Jungle, on en parle beaucoup ces derniers temps… Quand j’y étais, l’estimation du nombre de personnes là bas était de 5 000, maintenant ils seraient 10 000… 10 000 à être entassés dans des habitations de fortune, faites de bois et de bâches, quand ce ne sont pas simplement des tentes.

La Jungle est une zone très surveillée : des policiers et CRS en gardent les entrées jour et nuit. Certains ont de plus peu de respect et de considération pour les migrants… Pour y pénétrer, il faut des autorisations, et montrer ses papiers d’identité. Cet endroit est situé à côté de l’autoroute qui mène en Angleterre. Le long de celle-ci, des barrières ont été installées, sur demande de l’Angleterre, pour empêcher les migrants d’y pénétrer. Ils font parfois des blocages dans le but d’arrêter les camions et d’espérer monter dans l’un d’eux pour arriver dans leur « eldorado ». Ce mur est appelé « le mur de la honte ».

De nombreux bénévoles s’activent ici pour distribuer les repas, organiser les douches, construire des habitations, donner des cours de français…

Diverses nationalités cohabitent : des Afghans, des Somaliens, des Pakistanais, des Erythréens, des Syriens, et d’autres… Bref des pays dans lesquels il y a des conflits et/ou des régimes dictatoriaux très sévères et durs.

Rencontre avec les Migrants

La première journée, nous sommes allées, avec quelques migrants, des accompagnateurs et des journalistes du Secours Catholique, au bord de la mer. En effet, de l’argile s’y trouve en abondance et en libre disposition : c’est donc l’occasion de s’en servir pour faire des sculptures. Parmi les activités proposées par le Secours Catholique, un certain nombre sont artistiques : ils croient beaucoup en l’art thérapie. Cela permet ainsi aux migrants de s’exprimer, d’exprimer et d’évacuer un peu tout ce qu’ils ressentent et tout ce qu’ils ont vécu.

Nous avons pu discuter avec les migrants, et c’était très intéressant. Ils ne parlent généralement pas français, mais la plupart connaissent l’anglais. On se rend ainsi compte que ce sont des personnes comme nous. Derrière ce terme de migrants utilisé pour les décrire, se trouvent des humains comme nous.

Nous leur avons aussi donné des cours de français : certains veulent rester en France, et sont très motivés pour apprendre la langue de notre pays. Nous avons aussi regardé un film de Charlie Chaplin, et c’était beau moment que nous avons partagé, rire tous ensemble au delà des différences de culture, de langue et de nationalité.

cours de français
cours de français

Activités avec les femmes et les enfants

Mardi, c’était la journée réservée aux femmes et aux enfants. Ce type de population vit dans une zone spéciale dans la Jungle, car c’est elle la plus fragile. Ils habitent dans des bungalows, dans une zone grillagée et fermée à clé, pour éviter toute intrusion extérieure, et dont ils peuvent peu sortir. Les amener à un autre endroit tel que le centre d’accueil est ainsi une bouffée d’air frais pour eux, et fait du bien à tout le monde ! Nous avons donc joué avec les enfants, ils ont mangé un bon repas puis ils ont regardé un film.  Une journée qui change pour eux et qui leur fait du bien.

J’ai fait une autre activité avec les femmes : elles ont construit des sandales à partir de caoutchouc. C’est un migrant qui a appris comment faire à une animatrice du Secours Catholique. Celui-ci rachète ensuite les chaussures pour leur donner un peu d’argent. C’est intéressant pour elles qui n’ont pas beaucoup d’activités à faire dans la Jungle et qui n’ont pas de revenus.

Le Ramadan avait lieu pendant que j’étais à Calais, et les femmes nous ont gentiment invitées à venir rompre le jeûne avec elles vendredi soir (à 22h15 ^^). C’était un beau moment, tout le monde avait amené quelque chose à manger, et elles étaient heureuses de partager ce moment avec nous, et réciproquement. Ces personnes sont très généreuses et accueillantes, cela ouvre l’esprit de voir ces attitudes alors qu’elles n’ont rien et sont dans des situations difficiles.

Rupture du jeûne
Rupture du jeûne

Bilan

Cette semaine a été très enrichissante et m’a apporté de l’ouverture d’esprit, de la compréhension et de la compassion. Aucun des migrants n’a fait le choix d’être ici : ils ont tous été forcés de quitter leur pays car les conditions de vie étaient devenues impossibles. Ils sont partis en quête d’un pays qui veut bien d’eux et où ils pourraient vivre libre, sans crainte de conflits ou de tortures… Nous avons énormément de chance d’être dans des pays en paix, mais imaginons, si c’était l’Europe qui était en guerre, et l’Afrique en paix ? Si c’était nous qui devions fuir nos terres pour aller dans des Etats plus sûrs ?

Je suis contente d’avoir rencontré l' »humain » derrière le « migrant », et je remercie le Secours Catholique de nous laisser cette possibilité des faire ces rencontres.

Je vous laisse avec un article du Secours Catholique sur la semaine que nous avons passé là bas 🙂

PS : toutes les photos sont de moi, sauf celle en une, qui est du photographe du Secours Catholique (Xavier Schwebel)

 

Une semaine de randonnée #2 [Le Chemin de Stevenson]

Et pour changer un peu, voici un article qui apporte de la légèreté et qui permet de s’évader 🙂 Voici la suite de ma semaine de randonnée sur le chemin de Stevenson !

Nous avons donc réussi les deux premiers jours de marche, même si la fin des journées a été difficile, car 20km environ à pieds avec un sac de 11-12km, ça use bien! Mais les magnifiques et variés paysages motivent pour continuer, c’est une belle expérience qui s’annonce.

*3e journée : désaccords et pluie*

Pour le début de la 3e journée, du Bouchet Saint Nicolas à Pradelles, nous marchons chacune à notre rythme : elle, très vite, et moi… au rythme que je peux… Mes pieds commencent à me faire mal, la plante des pieds me brûle, donc cela ralentit ma progression. Je fais la matinée seule, et ce décalage entre nous me pèse : le but de ma coéquipière est clairement d’arriver le plus vite possible, alors que je souhaite prendre mon temps. Personne ne nous attend à l’arrivée, donc autant profiter de cette expérience dans la nature… De plus, j’étais contente de partir avec quelqu’un parce que je suis déjà plutôt seule la plupart du temps, donc là je suis déçue de me retrouver seule. Donc conseil : avant de partir avec quelqu’un, renseignez vous sur l’allure de l’autre, et demandez vous si vos envies sont compatibles ou non. Je n’avais pas du tout pensé à ça avant de partir, et c’est dommage car cela a apporté du négatif dans ma semaine…

Randonner sous la pluie, et être accompagnée de jolis fleurs violettes...
Randonner sous la pluie, et être accompagnée de jolis fleurs violettes…

La 3e journée a amené quelques animations : et oui, la pluie va nous accompagner un peu ! Mais cela donne de l’énergie de marcher sous la pluie, même si mes chaussures ne sont pas imperméables, et donc que mes pieds pataugent… Mais j’avance bien et l’arrivée dans le joli village historique de Pradelles est très agréable.

Le village historique de Pradelles
Le village historique de Pradelles

2015-07-29 17.24.14

*4e journée : Bête du Gévaudan, nous voilà !*

Après une tisane partagée avec un autre randonneur, nous reprenons la route. Direction Langogne, une « grande » ville et une forêt… où la Bête du Gévaudan a sévit il y a quelques années ! Nous quittons donc le paysage volcanique pour rentrer dans des forêts : c’est très agréable de changer d’environnement.

Entrons dans la tanière de la Bête du Gévaudan...
Entrons dans la tanière de la Bête du Gévaudan…

Nos corps se sont habitués à la marche, et cela se passe de mieux en mieux. Cela se passe même tellement mieux que nous avons fait un détour en nous trompant de chemin ! La randonnée est agréable, nous traversons des villages aux noms rigolos tels que « Fouzilhac » ou « Fouzilhic », et nous arrivons à notre gîte où nous partageons un repas sympathique avec d’autres randonneurs.

:D
😀

*5e journée : détour par l’abbaye de Notre Dame des Neiges *

Nous continuons notre chemin, et décidons de faire un détour pour voir l’abbaye de Notre Dame des Neiges, une petite abbaye perdue au milieu des bois. Rien de marquant à signaler pour cette journée, nous sommes habituées à faire des journées d’environ 20km de marche, chacune à notre rythme…

Les ruines du Donjon de Luc
Les ruines du Donjon de Luc

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Nous croisons les ruines du château de Luc, et montons dans la forêt pour voir l’abbaye, reconstruite il y a un siècle car les bâtiments ont été détruits après un incendie.

L'abbaye de Notre Dame des Neiges
L’abbaye de Notre Dame des Neiges

Et ensuite dodo reposant au gîte de La Bastide, car demain une marche de 30km nous attend…

*6e journée : faire du stop, c’est tricher?!*

Comme c’est une longue marche aujourd’hui, ma coéquipière préférait partir avant moi pour pouvoir marcher à son rythme. Elle part donc avant moi, et je me retrouve seule pour faire cette longue journée.

Mirandol
Mirandol

2015-08-01 12.03.50

Je commence donc la journée avec des pensées négatives : j’allais faire 9h de marche seule et cela me réjouissait moyennement, surtout que je me mettais la pression comme ma coéquipière allait arriver bien avant moi, et cela me soûlait vraiment cette telle différence d’allure entre nous… Donc je n’étais pas motivée du tout aujourd’hui.

J’ai fait la matinée de 15km tranquillement, tout en me disant, que non je n’avais pas envie de faire l’après midi toute seule avec cette pression. J’ai discuté avec un couple de promeneurs que nous avions déjà vus, et c’était une rencontre agréable et intéressante. J’ai ensuite pris mon temps à midi, puis j’ai suivi une route départementale, en quête de trouver une gentille voiture qui voudrait bien m’emmener jusqu’à ma prochaine étape! J’ai trouvé un véhicule qui m’a permis de faire sans efforts les 14km restants et c’était grisant!

Je suis donc arrivée assez tôt au village et j’ai pu découvrir l’endroit tranquillement, j’étais sereine et apaisée. Mais j’ai pris la décision d’arrêter mon voyage le lendemain, car marcher oui c’est bien, mais avec un sac de 12kg sur le dos, c’est difficile et usant, et le faire seule, avec la pression de sa coéquipière, qui va super vite, ce n’est pas agréable du tout… et je voulais faire autre chose de mes vacances que seulement marcher toute la journée. Demain sera donc ma dernière étape.

*7e étape : des dénivelés pour arriver dans un joli village traversé par une rivière !*

Et pour finir en beauté, une belle montée bien raide sur le mont Lozère, qui culmine à 1700m, enfin non 1699m, de hauteur! (D’ailleurs il y a une station de ski sur ce mont, sisi) La montée se passe bien, et même si cela demande beaucoup d’efforts, c’est finalement le plus agréable dans une randonnée. L’effort demande exige de la concentration, le plat c’est reposant mais aussi ennuyeux, et la descente, c’est exigeant car il faut faire attention à ne pas tomber, surtout avec un gros sac sur le dos, et sur les chemins plein de cailloux… Donc c’est dangereux et pas toujours agréable.

On croise de jolies vaches sur notre route!
On croise de jolies vaches sur notre route!

Le Mont Lozère offre une belle vue, et je confirme que la Lozère est une belle région ! On change à nouveau de paysage : la nature devient aride, avec beaucoup de gros gros rochers et peu d’arbres. On arrive dans le Sud de la France, et cela s’entend à l’accent des habitants!

La vue du Mont Lozère...
La vue du Mont Lozère…

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Et après une descende d’un dénivelé qui nous fait passer de 1700m de hauteur à 800m, on arrive dans le très joli village de Pont-de-Montvert. Ma coéquipière m’avait lâché bien avant pour arriver tôt parce qu’elle voulait se baigner, j’ai donc du trouver le camping seule. Et la fin a été trèèèès difficile… Mais j’y suis arrivée finalement ! On a passé une bonne soirée à visiter ce beau village, et j’ai partagé un verre avec le couple de randonneurs, que j’avais déjà croisé. On a vraiment fait des rencontres sympathiques pendant cette semaine, je suis ravie.

Pont-de-Montvert
Pont-de-Montvert

*8e journée : beaucoup beaucouuuup de kilomètres !*

Dernière journée, c’est reparti pour chez moi ! J’attends le bus qui m’amène à une ville où je peux prendre le train, ravie de ne plus avoir ce fardeau de sac à porter…

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Et un petit bilan de cette semaine :

Ce que je n’ai pas aimé :

  • devoir marcher toute la journée, et ne quasiment rien pouvoir faire d’autre
  • ne pas pouvoir prendre mon temps
  • porter mon fardeau de sac bien lourd

Ce que j’ai aimé : 

  • tous les beaux et divers paysages
  • les rencontres avec les gens
  • changer d’endroit tous les jours et découvrir de nouvelles choses
  • être dans la nature
  • quitter ma routine
  • la fierté de l’avoir fait

Voilà, si vous avez des questions ou autre, j’y répondrai avec plaisir 🙂

Une semaine de randonnée #1 [Le Chemin de Stevenson]

Tout a commencé par la lecture du livre Wild (livre dont je vous recommande la lecture pour vous évader, sauf si vous ne voulez pas prendre le risque d’avoir envie de partir en randonnée…), que j’ai lu après ma rupture. L’auteur raconte sa randonnée de 3 mois sur le Pacific Crest Trail, un très long chemin qui longe la côte ouest des Etats Unis. Elle parle de ce que cela lui a apporté, on ressent beaucoup de choses, et cela nous donne à nous aussi envie de prendre le large.

Mais partir seule? Non, pas pour une première randonnée. J’ai alors consulté le forum de Madmoizelle, où une autre membre voulait faire une randonnée aussi. Nous avons pris contact, et nous sommes décidées pour… le chemin de Stevenson, une randonnée qui part du Puy-en-Velay, en Auvergne dans le Massif Central, et qui arrive à Alès, dans le Languedoc-Roussillon. Stevenson est l’auteur de notamment L’ïle au Trésor. Il a parcouru cet itinéraire en 1878 – à une époque où marcher pour le plaisir vous faisait passer plutôt pour un fou. Peu après, il a publié un livre, Voyage avec un âne dans les Cévennes, et ce chemin est devenu célèbre grâce à lui.

Nous avons convenu des dates, et préparé nos affaires. Et cela demande de réfléchir car nous allions dormir en camping quand c’était possible, et porter nos sacs toute la journée sur le dos. Il fallait donc l’alléger le plus possible. On est arrivé chacune à un poids de 11-12kg, ce qui n’est pas négligeable non plus…

Nous nous sommes un peu préparées avant. Je m’étais inscrite dans une salle de sport de mai à juin, et allais à 2 ou 3 cours par semaine. C’était plutôt de la zumba, de l’aéro energy ou latino, je n’ai pas suivi de cours de renforcement musculaire. Mais enchaîner une choré pendant 45 minutes sans quasiment s’arrêter, cela fait être en forme… J’ai aussi fait un petit peu de randonnées, dont une de 18km, histoire de voir à quoi m’attendre. Je me déplace en vélo pour aller au travail, donc je comptais là dessus aussi.

Les constructions en roches volcaniques du Massif Central
Les constructions en roches volcaniques du Massif Central

Nous sommes arrivées la veille de notre départ au Puy en Velay, pour être prêtes pour attaquer dès le lendemain matin ! Et oui ce sont des vacances, mais réveil matinal : debout à 7h tous les jours !

Et le premier jour, départ pour direct une étape de 20km, jusqu’au Monastier sur Gazeille ! Et oui on ne rigole pas ! On avance assez bien, je suis surprise d’arriver à bien avancer malgré mon lourd fardeau de sac. On découvre le Massif Central, qui est une très belle région. Les volcans sont très jolis, et les paysages très agréables à regarder avec leurs différentes couleurs.

Les volcans d'Auvergne
Les volcans d’Auvergne

Notre premier obstacle est une looooongue montée sur une route goudronnée. Cela demande beaucoup d’efforts de monter, surtout avec un chargement sur le dos. Et on se rend compte que le goudron est vraiment la surface la moins agréable pour marcher, car c’est tellement dur que cela fait mal aux pieds. Mais on arrive au dessus, pause pour le midi. Et c’est reparti ! On continue à monter, mais cette fois sur des petits sentiers plus agréables, même si étroits et remplis de cailloux. Mais on arrive finalement au sommet, d’où l’on peut voir tout en bas notre destination du jour !

Un volcan et le chemin :)
Un volcan et le chemin 🙂

Et oui, il faut redescendre tout ce que l’on vient de monter, et cela ne sera pas la seule fois que cela arrivera… C’est la fin de la journée, il est plus de 16h, on est vraiment très fatiguées, mais pas le choix il faut continuer ! La randonnée demande en effet beaucoup de détermination et de volonté, car même si on n’en peut plus, même si nos pieds nous font souffrir, pas le choix il faut continuer.

Donc on continue ! Petit à petit par petits pas, on finit par arriver au camping. Et on est fières de nous, car on a bien survécu à la première journée ! Et petit plus, le camping a une piscine, l’idéal pour soulager nos muscles et nos pieds endoloris ! On croise dans la journée un groupe de 3 hommes retraités et un homme de 40 ans, que l’on recroisera régulièrement au cours de notre périple.

 Le soir on soulage nos muscles avec de la crème pour éviter les courbatures le lendemain et on s’occupe de nos pieds avec de la crème anti-échauffement, à mettre le matin et le soir pour éviter les ampoules. Nos pieds sont vraiment très sollicités, et il est important d’en prendre soin.

Coucher 22h… Lever 7h, et c’est reparti !

J’ai quelques courbatures de la veille, mais rien d’insupportable, je peux encore très bien marcher et porter mon gros sac ! Et c’est reparti pour une étape de 24km cette fois, jusqu’au Bouchet Saint Nicolas…

2015-07-27 11.18.42

Et la matinée va se révéler être très compliquée… Montée bien raide avec de gros cailloux direct dans la forêt pour bien commencer la journée (mais le matin on est encore en forme, donc les montées le matin c’est tout à fait faisable), et ce n’est pas fini, car il faut tout redescendre ! Et sur un chemin vraiment pas praticable… Je suis vraiment très heureuse d’avoir mes bâtons de randonnée car ils permettent de prendre appui sur des cailloux dans les chemins difficiles, et de me donner de la force dans les montées. Ils facilitent vraiment grandement la marche. Mais on descend, on descend… pour arriver dans un charmant village traversé par la Loire.

Le château de Goudet, et la Loire qui coule au fond de la vallée
Le château de Goudet, et la Loire qui coule au fond de la vallée

Et vous croyez que les dénivelés c’était fini pour ce matin? Non, pas du tout ! On remonte encore une fois ce que l’on vient de descendre ! (Oui on s’amuse bien) Grande montée bien raide, encore impraticable, remplie de gros cailloux. Mais à force d’efforts et de persévérance, on arrive au dessus, fières de nous mais en se demandant ce que nous réserve l’après midi !

Heureusement l’après midi est plus facile, car c’est seulement du plat, dans de très jolis paysages. Mais comme la matinée nous a fatigué, l’après midi est long et pénible… J’ai vraiment beaucoup de mal à arriver à la fin, dans notre gîte à défaut de camping, mais pas le choix, il faut avancer. J’arrive le soir, épuisée, mais la soirée est très agréable car on mange avec d’autres randonneurs, dont les 3 hommes que l’on avait croisé hier. Et c’est très sympa de pouvoir discuter avec d’autres personnes.

Le chemin et les jolies fleurs violettes qui nous accompagnent :)
Le chemin et les jolies fleurs violettes qui nous accompagnent 🙂

Je suis heureuse d’avoir réussi à tenir les deux premières journées, mais les difficultés vont commencer à apparaître. La fille avec laquelle je suis marche vraiment beaucoup plus vite que moi et je commence à avoir mal sous les pieds…

Mais ce n’est que le début, il reste encore 5 jours de marche et il faut bien continuer ! Que va nous réserver la suite ?

PS : Je pensais faire un seul article pour résumer ma semaine, mais j’aime bien la raconter en fait, donc voici la première partie :*