Pourquoi j’aime le rap

« Sais-tu vraiment ce qu’est le rap français ? Pas une machine à sous, mais une machine à penser » C’est la phrase qui est écrite sur le maillot de cette photo prise en 2010, et qui résume bien l’idée de cet article. (ce t-shirt est de la marque Le Savoir est une arme, qui a été créée par le rappeur Medine) Petite précision avant de commencer : je ne vais pas parler du rap dans son ensemble car tous les sons ne se valent pas, loin de là. Certains n’offrent aucune réflexion, loin de là, très loin de là, et ne sont que commerciaux, et ce n’est pas de ce rap là dont je vais parler. Je vais vous parler du rap conscient, pourquoi j’aime ce genre, et ce qu’il m’a apporté.

J’écris cet article parce que ça m’énerve l’image négative que ce genre musical a. Dès qu’un son de rap se fait entendre, c’est tout de suite « ah éloignez de mes oreilles cette musique de sauvages, comment on peut écouter ça, c’est vraiment de la m**** » et ça me contrarie parce que j’apprécie ce genre et qu’il m’a beaucoup apporté. (Après évidemment, chacun ses goûts, on a le droit de ne pas aimer ce genre de musique)

Ce qui m’a donné envie d’écrire cet article, c’est l’émission de France Inter, Affaires sensibles (j’en reparlerai prochainement) consacrée à NTM. Je trouve cette émission intéressante parce qu’elle amène à réfléchir au sens des paroles de ce groupe (ils ne disent pas F*** la police juste pour le plaisir d’insulter la police), et parce qu’elle défend les lettres de noblesse du rap. Oui certains sons peuvent être très bien écrits, ce ne sont pas juste des mots assemblés les uns aux autres par hasard histoire de sonner bien, il y a de nombreuses figures de style derrière, des effets sont recherchés.

Ce que j’aime dans ce genre, c’est que les rappeurs parlent de leur réalité, la vie dans les banlieues, l’islam, le fait d’être origine étrangère, et leur réalité, on ne la connaît pas, ou on la connaît seulement à travers le prisme des médias, et les médias ils peuvent bien raconter ce qu’ils veulent et déformer la réalité pour véhiculer le message qui les arrange… Alors que ici, c’est eux qui racontent leurs expériences et leur vécu, et cela permet de mieux se rendre compte de ce qu’ils vivent vraiment. Ca m’a vraiment beaucoup ouvert l’esprit.

Pour illustrer cette idée, je vais vous parler de quatre artistes qui m’ont marqué (J’ai mis en lien les paroles des musiques, qui se trouvent sur le site Genius. Ce site a la particularité d’expliquer certains passages des textes.)

  • Salif

Dans son album Curriculum vital, Salif parle de manière brute de sa vie dans les banlieues, avec authenticité. Dans le son « R.U.E. (Reflet d’Une Epoque)« , il parle du piège que représente la rue, de la puissance du groupe dans les banlieues, du sentiment de faire partie d’un ensemble, et de sentir coincé ici. Dans « Cursus scolaire« , il explique pourquoi l’école ne l’intéressait plus, pourquoi il a abandonné et pourquoi il regrette. « Warriors » est une dédicace à son groupe d’amis de jeunesse, il raconte leur vie, et les chemins différents qu’ils ont pris parce que « la misère nous rassemble, mais ce putain de destin nous éloigne »

  • Keny Arkana

Keny Arkana a la rage et exprime sa colère face aux dérives des sociétés capitalistes, et qui cherchent à nous faire avaler les messages qui les arrangent. Elle vous nous inciter à réfléchir face au conditionnement de la société et à s’opposer à ce que l’on nous impose.

Désobéissance civile résume bien ses idées :

« Trop nombreux sont ceux qui ont oubliés le passé
L’histoire de l’homme : une honte, faut-il te le ressasser ?

Le monde une spirale ou les mêmes erreurs sont retracées
A force de côtoyer l’horreur, nos cœurs sont devenus glacés
Nous parlent que d’profits, la condition de l’homme effacé
Mondialisation et concurrence sont leurs uniques phrasés
Les peuples unilatéralement écrasés, la création menacée
Multinationales et croissance ont tracée leurs routes sur nos libertés
Ils ont juré, craché qu’rien n’entravera la leur à l’heure ou les
Dictatures sont cachées
A cause de leurs profits, immédiat l’avenir est gâché
Cette bande d’ingrats ont réduit la planète à un grand marché
La loi des plus riches et beaucoup crèvent avant d’être âgés »

Elle exprime cette rage dans La rage :

« Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il arrive
La rage d’aller jusqu’au bout et là où veut bien nous mener la vie
Parce qu’on a la rage, on pourra plus se taire ni s’asseoir dorénavant
On se tiendra prêt parce qu’on a la rage, le cœur et la foi
Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il arrive
La rage d’aller jusqu’au bout et là où veut bien nous mener la vie
Parce qu’on a la rage, rien ne pourra plus nous arrêter
Insoumis, sage, marginal, humaniste ou révolté »

Dans V pour Vérités, elle dénonce le fait que les médias et les politiques tournent les messages à leur avantage pour semer la peur et la haine dans nos coeurs…

(Le présentateur télé après avoir été interrompu pendant son émission : )

« Mesdames et Messieurs, nous réitérons nos excuses après cet acte révoltant, Nous venons de récupérer définitivement l’antenne, nous insistons sur le fait que ce groupuscule étant extrêmement dangereux, tout ce que vous venez d’entendre n’est naturellement que purs mensonges »

Elle fait aussi des sons plus calmes, comme Prière :

  • Kery James

Mon son préféré de Kery James, c’est lui :

Bon ça s’adresse pas du tout à moi, mais je trouve ce son vraiment inspirant et motivant. Il insuffle une forte envie de réussir et de se surpasser malgré les obstacles de la vie. (rien que d’en parler, je me sens émue, c’est dire)

« Parce que la vie est un combat
Pour ceux d’en haut comme pour ceux d’en bas »

« Lève toi et marche ! »

« Et si tu pleures, pleure des larmes de détermination
Car ceci n’est pas une plainte, c’est une révolution !

Apprendre, comprendre, entreprendre, même si on a mal
S’élever, progresser, lutter, même quand on a mal

Banlieusards, forts et fiers de l’être
On est pas condamnés à l’échec »

Dans Au pays des droits de l’homme ?, il dénonce les conditions des prisons. Oui les personnes qui sont en prison ont commis quelque chose de mal, mais ne méritent-elles pas des conditions de détention humaines pour autant? On ne réfléchit jamais ou presque à ce sujet, et ce son permet de s’interroger là dessus. Parce que les conditions de détention sont loin de faire rêver…

Dans A l’ombre du show business, il dénonce le fait que le rap soit sous-médiatisé, et il résume ce dont je parle dans cet article. (Charles Aznavour a participé à cette musique)

« Ils tentent d’étouffer notre art faut être honnête
Ils refusent de reconnaître qu’en ce siècle les rappeurs sont les héritiers des poètes
Notre poésie est urbaine, l’art est universel
Notre poésie est humaine
Nos textes sont des toiles que dévoilent nos mal-êtres
Des destins sans étoiles
Nos lettres, photographies des instants
Deviendront des témoins chantant le passé au présent »

« Mon art est engagé, mon art à un sens
Mon art à une opinion, mon art est intense
Mon art ne s’excuse pas s’ il vous gène
Car il apaise nos cœurs, c’est le cri des Indigènes
Oh que j’aime la langue de Molière, j’suis à fleur de mots, tu sais ;
Y’a une âme derrière ma couleur de peau
Et si je pratique un art triste, c’est que mon cœur est une éponge
On est rappeurs et artistes même si ça vous dérange »

 

  • Médine

Ah Médine ! Je pourrais consacrer un article de blog voire plus à cet artiste tellement il aborde de thèmes dans ses sons. Il parle de sexisme, de lutte pour les droits des femmes, il s’oppose à l’excision, il parle d’évènements historiques comme le 11 septembre 2001, il parle de la guerre d’Algérie (le son 17 Octobre fait référence au 17 octobre 1961 où la police française a brutalement réprimé une manifestation d’Algériens à Paris) (vous connaissiez cet épisode de l’histoire française vous? Moi non avant d’écouter ce son) (les paroles figurent dans les manuels d’histoire de terminale !), il dénonce les conditions des détenus à Guatanamo et le fait que beaucoup de personnes incarcérées ici n’étaient pas coupables, il parle d’histoires d’hommes historiques peu connues en Occident, comme Malcom X, il raconte des histoires d’enfants qui ont souffert à cause de la cruauté des hommes (« Enfant du destin, enfant de la guerre »), comme des enfants indiens (d’Amérique), de la zone israëlo-palestienne, de l’esclavage, ou encore des exactions faites en Birmanie. (et oui les rappeurs en ont parlé bien avant les médias)

C’est ce son de Médine qui m’a fait prendre conscience qu’on vivait dans une société raciste, où on est tellement habitué au racisme que cela ne nous choque pas ou plus, et qu’on a nous aussi des comportements ou des pensées racistes mais que l’on n’a pas conscience que cela en est.

Cette musique fait référence à un événement de juillet 2004 : une femme a prétexté que des hommes noirs et arabes l’avaient attaqué dans le métro parisien sous prétexte qu’elle est juive. Cette prétendue agression a provoqué un scandale retentissant, tout le monde s’est insurgé qu’on agresse des juif.ve.s. Finalement on s’est assez rapidement rendu compte que cette agression n’était qu’un mensonge, et qu’il ne s’était rien passé en fait. Cette agression était un mensonge, mais cela n’avait choqué personne que des individus non blancs soient accusés de faire un tel acte. Parce que dans l’inconscient collectif, »personne non blanche » = « agresseur.se en puissance ». Et c’est ce que ce son dénonce, parce que personne ne s’est excusé qu’ils aient été accusés injustement.

« Question : Arabes et noirs ont-ils eu réparation ?
Réponse : Trois petits points de suspension…
Question : Vous sentez-vous français après cette scène ?
Réponse : J’attends le prochain match pour siffler la Marseillaise »

Ce son me permet de mieux comprendre que, oui on se plaint des problèmes dans les banlieues ou que oui les personnes non blanches n’ont pas toujours un comportement correct, qu’ils s’en prennent aux blancs. Mais en même temps on vit dans une société raciste, et ils doivent faire tous les jours avec le racisme. Donc ça n’a rien d’étonnant si cela nous retombe dessus ensuite…

Cet autre son aide à prendre du recul sur l’islamophobie aussi :

Elle m’a fait prendre conscience que l’islamophobie est vraiment très présente, parce que la société veut nous inciter à ne pas faire confiance aux personnes d’origine arabe, et surtout musulmanes. Et ce son dédramatise vraiment le discours des médias et des politiques qui veulent nous faire peur…

Deux messages de Medine : « L’amour des siens, c’est pas la haine des autres » et « C’est la force de la culture face à la culture de la force »

J’ai vu Médine en concert, et c’était un moment fort, de voir ce rappeur dénoncer des thèmes, de s’engager, et qu’en même temps il y ait une super ambiance. C’était vraiment un beau moment, j’ai beaucoup aimé.

 

Après, au delà des paroles, je trouve le style musical intéressant parce que je le trouve apaisant. Je trouve qu’il me permet d’extérioriser de la colère, de l’énervement, et après avoir écouté des sons de rap, je me sens plus calme (C’est propre à chacun, chaque style de musique apporte des choses différentes, mais seul le rap me fait cet effet)

 

Voilà, j’espère que cet article vous aura apporté une autre vision du rap 🙂 Honnêtement quel autre musical a une telle richesse d’enseignement et de réflexions ?

 

PS : Pour l’anecdote, la citation « Ecrire c’est magique, ça peut te sortir de l’enfer » qui se trouve dans mon profil Hellocoton vient d’un son de Medine. Une autre citation qui m’a beaucoup aidé pendant mes (longues) études, « Détermination discipline travail » (simple directe et efficace), vient d’un album du rappeur Alpha 5.20. Et le sous-titre de mon blog « Déploie tes ailes, deviens qui tu es, ose ! » vient d’un son de Keny Arkana 🙂

PPS : Evitez svp de poster un commentaire pour juste dire que vous n’écoutez pas du rap parce que vraiment vous n’appréciez pas ce genre musical (ça ne peut pas plaire à tout le monde), ça sera franchement hors sujet, ce n’est pas du tout l’objet de cet article.

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8 commentaires sur « Pourquoi j’aime le rap »

  1. C’est un super sujet !

    J’ai eu une petite période ou j’ai écouté du rap. A dire vrai, je n’y connais rien. Je dois avouer que c’est souvent trop agressif pour moi (la façon de « parler-chanter » qui bute sur les consonnes, la musique, les paroles parfois), ça a tendance me stresser ou à me foutre le cafard. Il faut vraiment que j’aille bien pour ne pas me laisser envahir, sinon j’évite.

    Quoi qu’on dise d’elle, j’aimais et j’aime toujours beaucoup Diam’s. Je me suis surprise à aller l’écouter vraiment, et j’ai reçu un shoot d’émotions fortes, tout particulièrement dans « Si c’était le dernier … ». Ca dure plus de dix minutes, ça balance fort, c’est plein de souffrance, de désespoir, de hargne, c’est … Vraiment époustouflant. La première fois, ça m’a foutu une claque monstrueuse.

    J’irai écouter avec intérêt les chansons et artistes que tu mentionnes ! Je suis sûre que ce sera une bonne surprise.

    PS : Je mets enfin un visage sur ton nom ! Enchantée ! 🙂

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    1. Merci Rozie, je suis contente que tu apprécies cet article!
      Oui après c’est spécial comme type de musique, c’est sûr que tout le monde ne peut pas accrocher ^^ (et j’avoue que pour les paroles, avec les mots crus et autres… Ca ne se retrouve pas chez tous les rappeurs, mais tout le monde n’a pas forcément envie d’écouter ça ^^)
      Après ça dépend des textes aussi, mais c’est sûr qu’on n’a pas toujours envie d’entendre des textes négatifs même si on apprécie la musique. Certains sujets restent pas drôles, donc bon ce n’est pas à écouter tous les jours.

      J’ai jamais écouté Diam’s, mais j’avais entendu que ses textes étaient intéressants! Je vais écouter le son dont tu parles 🙂 Tu me diras si jamais tu écoutes, mais je ne garantis pas que cela te plaise ^^

      Merci pour ton commentaire en tout cas 🙂
      Et mon moi de 2010 te salue aussi, enchantée de même 😀

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  2. Pardon, mais moi le rap me fait ni chaud ni froid. Plus froid que chaud d’ailleurs. Mon père est de ceux qui disent « le rap c’est de la merde, je comprends pas ceux qui en écoutent ». Quand il dit ceci, ça m’énerve parce qu’il n’y connait rien, et juge avec une idée préconçue de ce qu’est le rap. Et même si j’en connais un peu plus que lui, ça reste pour moi un genre (pardon) de bas-étage. Il n’y a MC Solaar que j’aime parce que ses textes sont classes et bien écrits. J’en ai marre en fait des textes de persécutés des rappeurs qui ont toutes les misères du monde, qu’il faut plaindre de tout. Je lis les textes que tu as partagés dans ce billet, et je les trouve….tellement pauvres et inintéressants. De faire une rime à la fin de chaque vers, ce n’est pas de la poésie et le sens qu’il y a derrière… bof.

    Je suis sûre, pardon, mais j’ai l’impression que par le biais du rap, on veut cracher, haïr, sous couvert d’un art de rue qu’on a jeté des scènes et qui par conséquent, se remplit d’autant plus de haine et de violence.

    Oxmo Puccino, j’aime bien ses textes et je préfèrerai le lire plutôt que de l’entendre, parce que le problème du rap aussi c’est que musicalement c’est souvent PAUVRE aussi. Un LOOP qui passe en boucle, pas de progression musicale, pas d’évolution. J’ai dit souvent, je sais et heureusement qu’il y a de très bons morceaux de raps avec des progressions mais globalement, c’est pauvre, pour moi.

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    1. Concernant les instrus des musiques, oui c’est probablement pauvre, mais personnellement cela ne m’empêche pas d’apprécier (comme beaucoup de monde), est-ce qu’une instrumentale doit forcément être riche pour être appréciée? Ca reste personnel après.

      Les rappeurs ne font pas ces sons pour être plaints ou pour étaler leur misère, ils parlent de leur vécu, et point final. Ils ne recherchent rien d’autre qu’extérioriser leur vécu, et cela passe par ce moyen là. Personne ne t’oblige à les écouter. Je ne me permettrai pas de juger les textes des gens qui ont un vécu totalement différent du nôtre, et qui n’a rien à voir avec ce que l’on vit nous.

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  3. Moi aussi j’aime le rap !
    Et même si je ne comprends pas toujours toutes les références, j’aime bien écouter l’émission « Le Mike et l’enclume » de Arte Radio. 🙂

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