Les migrants.

Dernièrement, j’ai vu le documentaire « La mécanique des flux« . Il montre la situation des migrants, et je souhaite consigner ce que j’ai vu car c’est un sujet important, mais pour lequel je me sens impuissante, pour lequel on est tous et toutes plus ou moins impuissant-e-s.

Le film commence avec la police de contrôle des frontières en Croatie. Les policiers surveillent les frontières pour découvrir et arrêter les migrants. Ils se déplacent sur le terrain, mais regardent aussi des caméras de surveillance, des caméras thermiques, qui permettent de voir précisément des humains pendant la nuit. Ainsi, il est difficile d’échapper à leur regard. On peut voir des groupes de personnes passer, des parents avec leurs enfants… Le contrôleur nous dit :

« Ce sont des gens qui fuient la guerre. Ils fuient seulement la guerre. »

« Mais on fait notre job. »

Cette phrase m’a interpellé, parce que oui ils font leur job, mais est-ce un travail qui rend service aux humains, qui leur apporte quelque chose de positif ? Comment peut-on vivre sereinement en arrêtant des gens qui « fuient seulement la guerre »? Et je me suis demandée, pendant la seconde guerre mondiale, beaucoup de gens ont fuit les exterminations en allant dans des pays où ils étaient plus en sécurité, en franchissant des frontières. A cette époque, il n’y avait pas de caméras thermiques. Mais si cela avait été le cas ? Des films sont faits sur les histoires de juifs ou de tsiganes qui ont pu échapper à la mort grâce à leur fuite dans un pays en paix, et nous nous réjouissons que ces personnes ont eu la vie sauve, mais les gens qui vivent dans un pays en guerre actuellement, ont-ils eux la chance d’aller dans un pays qui les accueillent pendant que chez eux c’est en guerre ? Ce motif empêche-t-il les autorités de renvoyer les migrants chez eux ? Ce motif rend-il les migrants plus acceptables dans les pays où ils atterrissent ?

On voit ensuite des migrants parler de ce qu’ils ont vécu. Ils expliquent que chez eux, c’est la guerre, chez eux, c’est la famine, et ils ne peuvent pas rester dans leur pays, parce que s’ils restent, ils vont mourir. Et que peu importe s’ils meurent pendant leur périple, parce qu’ils se considèrent déjà comme morts. Et une personne déjà morte peut-elle avoir peur de la mort ? Pour eux, le seul choix possible, c’est partir. Ils savent que leur périple peut échouer, tout comme il peut réussir. Et s’ils réussissent, s’ils ont la chance que cela réussisse, ils se percevront comme des héros (je crois, je ne sais plus si c’est exactement cela qu’il a dit), et cela fera une belle histoire à raconter.

Des autres ont raconté leur périple pendant qu’ils traversaient la Méditerranée à bord d’un bateau surchargé. L’un d’eux s’est retrouvé dans un bateau où l’électricité ne marchait plus. Il n’y avait plus de lumière, ils ne pouvaient plus avancer. Par chance, ils ont croisé un bateau de militaires. Les militaires se sont arrêtés, mais ils ne pouvaient rien faire pour eux à part les prendre à bord. Mais ils pouvaient difficilement s’approcher du bateau des migrants à cause des vagues, ils risquaient de le renverser. Ils ont finalement décidé de partir et de les abandonner à leur sort, au milieu de la mer. Ils ont décidé de les abandonner au milieu de la mer, sans leur donner de possibilité de sortie. Finalement, ils ont croisé un bateau qui leur a donné de l’essence et ils ont pu naviguer jusqu’à une ville, après trois jours de navigation, sans eau, en étant serrés les uns contre les autres.

Un autre bateau a croisé un navire de gardes côtes grecques. Mais au lieu de les aider, les gardes côtes les ont insulté « fuck you » et leur ont dit de partir « get away ». Ils ont même percuté le bateau des migrants avec leur navire, à plusieurs reprises, ce qui a fait un trou dans le moyen de transport des migrants, et ce qui a amené celui-ci à se retourner. Des personnes sont mortes, et deux familles ont pu en échapper, car les gardes côtes les ont finalement pris à bord. Ils les ont pris à bord parce qu’un navire de gardes côtes turcs se rapprochaient d’eux.

Ensuite, un camp de détention en Grèce (je crois) est montré. Dans ce bâtiment, ils entassent les migrants dans des pièces dont ils n’ont pas le droit de sortir. Ils sont enfermés là dedans et ne peuvent même pas sortir dehors prendre l’air. Ils restent toute la journée écrasés les uns contre les autres. Ils sont entassés les uns contre les autres.  Et ils restent là dedans toute la journée, toute la nuit, tous les jours, sans avoir le droit d’en sortir.

Des images de migrants qui font la grève de la faim sont ensuite montrées. Pour exprimer leur volonté de ne plus se nourrir et de protester, ils se sont cousus la bouche. Ce n’est pas une image. Ils se sont cousus des fils pour qu’ils ne puissent plus ouvrir entièrement la bouche. Je ne sais pas ce qui les a mené à ce choix extrême, mais des migrants ont fait/font la grève de la faim pour protester contre leur condition.

Des migrants afghans témoignent ensuite. Ils vivent dans une usine désaffectée depuis deux ans. L’un d’eux dit :

« C’est la guerre chez nous, je ne pouvais pas rester. »

« Mais je suis né pour être un bon médecin ou un bon ingénieur. Pas un bon combattant. »

A la fin du film, un Africain s’exprime. Pour lui les migrants ne sont pas la cause de la crise économique en Europe. S’ils travaillent, s’ils perçoivent un salaire, s’ils s’intègrent dans la société, s’ils payent des impôts, alors eux aussi ils contribueront à la société, eux aussi ils contribueront à la croissance. Il explique que l’Afrique est vue comme une terre où l’Europe, les Etats Unis peuvent s’enrichir. Les entreprises d’armement contribuent aux guerres qu’il y a là bas en fournissant les combattants. Si cent Africains meurent, qu’est ce que cela peut faire tant qu’une personne européenne ou américaine s’enrichit ? L’Europe et l’Amérique ont tout à gagner que l’Afrique reste pauvre, car cela leur permet de faire des cultures pour ensuite nourrir le bétail des Occidentaux, pour ensuite nourrir les Occidentaux à faible coût. Même si cela fait monter le coût des céréales pour les locaux, qui ne peuvent ensuite plus l’acheter pour se nourrir eux-mêmes. Les ressources africaines sont fortement convoités par les Occidentaux, et l’instabilité de ce continent s’explique notamment par leur influence.

Mais tous ces gens qui fuient, qu’est ce qu’on en fait aujourd’hui ? Mais nous qu’est ce qu’on peut faire pour influencer positivement la situation et pour la réduire ?

Ce film me perturbe beaucoup parce que cette situation me révolte, et je me sens impuissante. Les migrants sont considérés comme des sous-humains indésirables en Europe.

Je pense à quelques pistes qui peuvent aider :

  • voter (ou ne pas voter) : Le pouvoir politique a une influence sur la façon dont les migrants sont accueillis/rejetés dans le pays, et on peut agir sur les représentants qui sont en place.
  • consommer différemment : on ne s’en rend pas compte, nous qui avons tout à portée de main dans nos magasins, mais la production de certains aliments a un impact fort sur les populations locales. Il est possible de se détourner de ces aliments, ou de diminuer leur consommation, ou de choisir de consommer de manière responsable, car ils maintiennent les populations dans la pauvreté, ils leur prennent leurs ressources et ne leur permettent pas de se développer véritablement.
  • faire du bénévolat si possible, ou partir faire du bénévolat dans des pays qui en ont besoin. Mais il faut alors se renseigner sur la structure en place, car il est facile de croire que le bénévolat que nous faisons aide la population en place, mais des personnes parviennent à en tirer profit, et elles créent finalement encore plus de difficultés et de pauvreté dans le pays en question. Toujours bien se renseigner.
  • ne pas contribuer au climat de peur en répandant de fausses informations.

Je sais que les migrants sont un sujet sensible, mais je crois qu’il est important de se rappeler que ce sont avant tout seulement des humains, comme vous et moi, qui fuient des conflits dans leur pays, dans l’espoir de trouver une vie plus accueillante et plus douce…

Voir aussi : Une semaine avec les migrants à Calais.

 

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3 commentaires sur « Les migrants. »

  1. Pour ce qui est de la police, la réponse est très simple : dans nos métiers, on ne fait pas que des choses positives ou qui nous plaisent. Il y a aussi des contraintes et des lois qui nous dépassent. C’est la toute la barbarie des territoires fermés, mais dans un monde avec tant de gens, il faut régir, pour des questions de sécurité. Je suis persuadée que la majorité des membres de la police a des remontées acides à l’idée de fermer la porte aux nez de ceux qui demandent de l’aide.

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