Pour mon frère

Allez, je prends mon courage à deux mains, j’ouvre le brouillon enregistré depuis… fin janvier 2015, et je commence à écrire. J’avais parlé dans cet article, Se reconstruire, de mon frère, décédé à l’âge de 11 ans, il y a 10 ans et demi des suites d’un cancer.

Source: http://mamanauncancer.com , merci à Agathe pour cette belle image!
Source: http://mamanauncancer.com , merci à Agathe pour cette belle image!

Je ne parle, pour ainsi dire, jamais de lui. J’évoque parfois le fait que j’ai un frère, mais qu’il n’est plus là. Je le fais rarement, seulement à quelques personnes, quand l’occasion se présente. Mais je le fais plus souvent qu’avant, et surtout je ne pleure plus quand je le dis. Je déteste réellement dire « j’ai un frère, mais il n’est plus là. », à cause du silence gêné qui suit, parce que cela met les autres dans l’embarras, parce qu’ils ne savent pas quoi répondre. Parce que je ne veux pas être perçue comme la fille qui a vécu quelque chose de douloureux. Mais je me force à le faire, parce qu’il a existé, et parce qu’il a le droit d’être connu. Ce sont les articles des autres personnes qui ont elles aussi perdu un proche, un enfant, qui ont combattu la maladie, qui m’ont aidé à prendre conscience que, oui il doit être connu, et que oui on peut/il faut en parler, même si c’est un sujet triste, même si les autres ne vont pas prendre de plaisir à lire un article tel que celui-ci.

Mais c’est la vie, ça a eu lieu, elle n’est pas toujours rose, et c’est ainsi.

Ca fait donc 10 ans qu’il est parti, après 5 ans de maladie. Cette année, ça m’a fait bizarre le jour anniversaire de son décès, le 10 janvier, parce que 10 ans c’est long, 10 ans ça me donne l’impression que ça n’a jamais existé, que c’est un lointain passé. Mais pourtant si, ça a existé, il a existé.

Je ne me souviens plus précisément de tout ce qu’il s’est passé, des phases de maladie, des phases de rémission. J’ai tout oublié, je ne me souviens plus de grand chose. Pourtant, avant je connaissais très bien les dates, les périodes, mais maintenant je suis incapable de m’en rappeler. Mais maintenant je sais que sa maladie était vraiment grave, avant je n’en avais pas réellement conscience. Mes parents ont sûrement voulu nous épargner, ma soeur et moi. On avait 12 et 10 ans quand il est tombé malade. Je m’en veux un peu maintenant de ne pas avoir perçu que c’était aussi grave que ça, de ne pas avoir été plus là, de ne pas l’avoir plus soutenu.

Je me demande d’ailleurs quel impact cette période de notre vie a eu sur moi, je me demande comment ça m’a influencé. Je me demande si le fait que je ressente  aussi souvent de la culpabilité vienne de là. Culpabilité d’être la survivante, de ne pas avoir été celle qui a été malade… Peut être. Aucune idée. En tout cas, vivre une telle chose, voir un enfant innocent tomber malade puis en mourir, fait perdre toutes ses illusions sur la vie. J’ai conscience que la vie est quelque chose de fragile, que son injustice peut frapper n’importe qui n’importe quand. J’ai d’ailleurs peur de mourir d’une manière évitable, comme dans un accident de voiture.

Faire face à une telle injustice, c’est accepter de ne pas avoir de réponse. C’est accepter le « C’est ainsi », et puis c’est tout, rien d’autre. C’est parcourir un long chemin vis à vis de Dieu, accepter qu’Il existe malgré tout, et ne pas Lui en vouloir. (détail qui ne parlera pas à tout le monde, mais qui est important pour moi)

C’est accepter, assumer, aller au delà.

Je me souviens, au début de sa maladie, les Pokémon commençaient leur succès en France. Pour s’occuper, ma soeur et moi on dessinait les Pokémon. J’ai dessiné tous les 150 Pokémon de la première génération. Et je prêtais mes jeux à mon frère. Il jouait à mes parties, mais ne sauvegardait pas, comme forcément c’était ma partie. Ca aurait été mieux qu’il ait ses jeux à lui, mais bon je ne sais plus. Puis finalement il a eu ses jeux à lui, et j’ai récupéré des Pokémon de ses cartouches par la suite. J’en ai transféré un hier dans mon jeu actuel, et ça me fait toujours un pincement au coeur de voir son nom de dresseur sous son Pokémon. « Carteur », je me demanderai toujours pourquoi il a choisi ce nom étrange. Mais dans tous les cas, je garderai toujours précieusement son Pokémon avec son nom à lui. D’ailleurs quand les remakes des jeux auxquels il a joué sont sortis l’année dernière, j’avais le choix entre deux versions : celle à laquelle il a joué, et celle à laquelle j’avais joué. Je voulais prendre la sienne, mais je n’ai pas pu m’y résoudre, j’avais trop l’impression que c’était son jeu à lui, et pas le mien.

On se dit que c’est mieux qu’il ne soit plus là, qu’au moins, là haut, il ne souffre plus, qu’il n’a plus à subir cette maladie, toutes ses allées et venues, entre maladie et guérisons. Je me demande parfois, très fugacement, ce que serait notre vie maintenant si notre famille n’avait pas eu à vivre cette épreuve. Très fugacement, peu importe, de toute façon je ne le saurai jamais. La seule chose que je sais maintenant, c’est « On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. »

Et je sais aussi, que malgré les épreuves que la vie nous fait traverser, elle reste belle malgré tout. Il y a toujours des belles choses, des petits bonheurs. C’est pour ça que je tiens tant à être optimiste, c’est pour ça que je tiens tant aux belles choses de la vie.

"Ainsi tout passe sur la terre,  Esprit, beauté, grâce, talent, Telle est une Fleur Ephémère Que renverse le moindre vent." Source: Naked in the rain, Deviantart
« Ainsi tout passe sur la terre,
Esprit, beauté, grâce, talent,
Telle est une Fleur Ephémère
Que renverse le moindre vent. »
Source: Naked in the rain, Deviantart

PS: Hum oui non ce n’est pas un article de mes « petits bonheurs », mais ça va arriver ^^

PPS: Merci à vous de m’avoir lue :)

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52 commentaires sur « Pour mon frère »

  1. Je ne sais quoi dire après cet article au-delà des mots. Mais je voulais laisser une petite marque, dire « oui, j’ai lu » même si ce n’est rien, même si c’est important peut être. Parce que l’on ne peut rester muet devant un tel témoignage, une telle épreuve, un tel drame et la beauté de ce que tu dis malgré tout, la force que tu as trouvé pour une vie qui continue sans oublier jamais. De l’importance de continuer à le faire vivre à travers tes mots et ceux de tous ceux qui l’ont connu. Je pense que de te dire que je te trouve sage, forte, courageuse et lucide ne trouvera pas forcément justesse à tes yeux mais je te le dis quand même. Toutes mes pensées vont vers toi ce soir <3

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    1. Ton commentaire me touche beaucoup, merci beaucoup <3 et je confirme il est important, et j'apprécie énormément tes compliments, merci! D'après ce que je vois du net, t'es quelqu'un de bien Célie, j'avais envie de te le dire!

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  2. Cet article me fait penser à mon papa. Il est parti d’un cancer quand j’avais 7 ans. Il y a 19 ans maintenant. Je n’en parle jamais, souvent on me demande « et tes parents? » ce à quoi je réponds « ma mère… ». Je crois que je suis passée par les mêmes étapes que toi: les questionnements, l’injustice. En tout cas c’est un très bel article,

    Douces pensées

    P.S: Carteur pour Dr Carter dans Urgences? Je ne sais pas pourquoi c’est ce qui m’est venu à l’esprit!

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    1. Merci pour ton témoignage, et je te comprends, ce n’est pas facile de dire que l’on a grandi avec quasiment un seul parent, la mort n’est jamais facile à aborder comme sujet…
      Douces pensées à toi aussi, et merci!

      PS: Non je ne pense pas, aucune idée, le mystère restera entier ^^

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    1. Et cela me fait plaisir que tu laisses une trace de ton passage, donc merci pour ton commentaire :) Oui cela fait du bien d’extérioriser, surtout quand c’est un sujet que l’on aborde jamais et dont on retarde toujours le moment souvent douloureux où il faudra écrire ce que l’on pense…

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    1. Merci beaucoup ziiietroispointszero! Oui je suis contente d’avoir réussi à écrire cet article, mais cela m’a demandé du temps de me décider à le faire, ce n’est pas facile de se confronter à une chose qui nous fait souffrir, c’est plus facile de fuir qu’autre chose…

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  3. J’ai perdu aussi mon frère d’un cancer de l’estomac.. Une saloperie contre laquelle il a lutté un an. Il est mort à l’age de 38 l’année de mes quarante ans. Il a laissé deux jeunes enfants et je suis devenue fille unique… Je crois qu’aucune famille n’échappe à cette maladie… et je pense à la peine que doivent encore ressentir tes parents…
    Tu as bien fait d’écrire si cela peut te faire du bien, alors c’est bien…

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    1. Oui malheureusement le cancer est une maladie bien trop fréquente, je pense aussi que c’est pour ça que ce sujet s’est retrouvé en grande Une sur Hellocoton…
      Difficile ta situation aussi, surtout qu’il a laissé deux enfants… Courage à vous aussi!
      Et oui cela fait du bien d’écrire, c’est important de se confronter aux choses, c’est ce qui fait avancer, même si c’est évidemment bien plus facile et moins douloureux de fuir…

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  4. Je crois que tu as bien fait d’ouvrir ton brouillon et d’écrire ces lignes, qui ne peuvent qu’émouvoir et nous faire prendre conscience aussi qu’il faut savourer chaque instant. Pensées pour toi et pour lui qui veille sur toi.
    Cela doit être une épreuve douloureuse pour des parents. Et pour la fratrie qu’on oublie souvent quand de tels drames arrivent.
    Je te trouve forte et lucide. Pas toujours évident de garder les mêmes yeux pleins d’espoir sur la vie suite à un tel choc affectif.
    Je t’embrasse.

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    1. Merci beaucoup Marie pour ton commentaire très juste! Non pas forcément toujours évident de garder les yeux plein d’espoir, mais on a de la chance d’être toujours en vie, donc autant en profiter, surtout pour ceux qui sont partis… Profite bien de tes vacances :)
      Je t’embrasse et merci encore!

      Aimé par 1 personne

  5. Très touchée par cet article, avec tes souvenirs avec lui, on le sent présent, comme un ptit ange qui veille sur toi et est avec toi à sa façon. A cet âge là ce n’est pas facile de gérer la maladie d’un proche et on sait encore moins quoi faire pour aider qu’en étant adulte (alors que c’est déjà bien compliqué). Les médecins parlent parfois de « syndrome du survivant » quand on perd un frère ou une soeur et qu’il y a cette culpabilité présente en soi, de vivre. Je dirai juste d’au contraire, de vivre doublement. Pour toi et pour lui. C’est ce qu’il aurait souhaité que tu fasses pour vous deux <3 gs bisous et des pensées. Merci d'avoir réussi à partager cette partie de toi avec nous, je me doute que ce n'était pas facile d'en parler et çà a double valeur quand on le lit

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ptitedelph! C’est très juste le mot « petit ange », c’est ce qu’on dit parfois dans ma famille, qu’il veille sur nous maintenant…
      Tu as raison, il faut vivre doublement maintenant, j’aime beaucoup ce que tu dis. Merci et courage à toi aussi <3

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  6. Bravo pour ces jolis mots, simples et directs… Mon grand-frère a lui aussi eu un cancer quand il avait 14 ans mais il s’en est heureusement sorti. Certains de ses camarades d’hôpital n’ont pas eu cette chance. Je n’ose même pas imaginer ce que ta famille et toi avez vécu. Comme toi je ne comprenais pas tout à ce qui se passait, je ne mesurais pas toujours la gravité de sa maladie, mais ça m’a aussi tellement fait grandir… C’est à cette période que j’ai décidé une bonne fois pour toutes que je ne croyais pas en Dieu et, paradoxalement, c’est aussi pendant cette épreuve que j’ai prié pour la seule et unique fois de ma vie. Bizarre, hein. C’est le moment où j’ai compris que la vie était si fragile, mais (ou plutôt donc) tellement belle, tellement précieuse. C’est parce qu’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve qu’il faut profiter de chaque petit bonheur. Je crois que c’est surtout ça, le « sens » de la vie.

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    1. Oui c’est très juste ce que tu dis! Et je te comprends pour Dieu, face à la maladie ou une situation qui nous désempare, et où on ne peut s’y prendre contre personne, prier reste souvent la seule solution qui nous rassure…
      Et je comprends ton choix, ça reste difficile de croire en Dieu quand on voit un enfant tomber malade, c’est vraiment difficile de comprendre et d’accepter que cela soit possible…

      Merci pour ton témoignage Sarah, et je suis contente pour ton frère! :)

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  7. Coucou,
    Un très bel hommage que tu rends à ton frère aujourd’hui. Des enfants de ma famille sont aussi partis à cause de la maladie.
    Je te souhaite beaucoup de bonheur.

    Bisous
    Marie

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  8. Je ne sais pas quoi t’écrire… mais je t’ai lue et ton texte est si vrai, si juste si emouvant… j’ai perdu mon père quand j’avais 18 ans , d’un cancer aussi et je pense que j’aurai aimé écrire aussi bien que toi cette épreuve….

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    1. Merci pour ton gentil commentaire Esprit Mirabelle! Et le principal c’est d’écrire ce qu’il te passe par la tête, peu importe le reste, j’ai écrit les mots qui me venaient, n’hésite pas à le faire toi aussi :)

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  9. Mon papa est mort il y a trois mois du cancer alors je comprend tout à fait ce que tu vis/a vécu …
    J’ai beaucoup aimé ce que tu as écris, c’était très touchant. Et oui, la vie reste belle malgré tout !
    Bisous !

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    1. Merci pour ton commentaire Anonymous! Je te souhaite beaucoup de courage pour surmonter cette épreuve, et comme tu dis la vie reste belle malgré tout, c’est bien que tu en aies toujours conscience! Bisous :)

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  10. Bonjour,
    J’avoue n’avoir pas pu te lire jusqu’au bout puis jz suis revenue.Pas que je n’en avais pas l envie juste car nous avons presque a l identique la même vie.
    Petit frère décédé a 12 ans il y a 9 ans cette année des suites d’une bataille de 10 année contre le cancer. Dans 2 jours on aurait fêté ses 21 ans et ça fait drôle de s’imaginer ça. Tout me parait intact dans ma tête et pourtant si loin. L’histoire des pokémon m a fait sourire je les ai tous dessiné aussi, joué avec la GameBoy avec chacun sa partie et puis son jeu a l’hôpital c’était de créer ses propres pokémons !
    Bref c’est bête et égoïste mais je me sens moins seule dans la pudeur qu’on s’inflige.

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    1. C’est difficile ce que tu as vécu toi aussi, dire que la maladie n’a pas laissé de répit à ton frère et à vous…
      Et ce n’est ni bête ni égoïste, lire les témoignages des autres nous fait avancer, j’ai lu beaucoup d’articles à propos de décès avant d’avoir le courage d’écrire sur ce que ma famille a vécu, ce sont les autres qui nous aident aussi, et on est loin d’être les seules à ne pas oser parler de sujet aussi difficile aux autres…
      Merci pour ton témoignage et de m’avoir parlé de ton frère :)

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  11. Comme toi j ai perdu mon frère a cause de ce crabe mais il avait l age adulte. J ai eu cette maladie aussi mais je m en suis sortie. Je me demande toujours pourquoi moi et pas lui.
    Mon blog me permet aussi parfois d extérioriser mes pensées.

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  12. Merci pour ce bel article. Hier c’était l’anniversaire de mon cousin qui aurait dû avoir 30 ans et qui est lui aussi parti il y a 10 ans cette année. Je ressens ce que tu décris à propos de ce laps de temps, 10 ans c’est long, on oublie des choses, on vit le bonheur qu’on a à vivre et pourtant la douleur est encore là. Merci, vraiment merci.

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  13. Article très touchant et qui me parle. Non je n’ai pas perdu de frère mais l’homme que j’aimais avant de rencontrer mon mari s’est tué dans un accident de voiture, il y a 9 ans. On s’envoyait des textos une demie heure avant et puis plus rien. On ne saura jamais réellement ce qui c’est passé et moi le fait de ne pas avoir de réponse, de me dire que c’est comme ça, que ça devait être écrit je n’y arrive pas, je n’accepte pas même 9 ans après. C’est tellement loin 9 ans que quand je repense à ce garçon je me demande parfois s’il a bien existé ou si je ne l’ai vu qu’en rêve ! Ce qui est ironique si on peut dire ainsi c’est que j’ai une grave maladie du cœur depuis ma naissance et que j’ai toujours pensé que je partirais avant, et pourtant je suis toujours là je résiste ! Comme quoi la vie nous réserve bien des surprises et oui il faut profiter à fond de chaque moment.
    En tout cas ça ne doit pas être évident de perdre un frère beaucoup de courage à toi.

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    1. Merci pour ton commentaire! Je comprends ce que tu ressens, et oui c’est difficile à accepter… Les accidents de voiture ça tient à tellement peu de choses, un moment d’inattention, de la malchance…
      Tu as bien raison, il faut en profiter à fond, et bon courage à toi aussi!

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      1. Oui c’est ça ça tient tellement à peu de chose il suffit d’une seconde d’un millième de seconde, et c’est ça qui est difficile à accepter, sans cette toute petite seconde il serait surement toujours là …

        Enfin pour parler de choses plus gaies j’organise un concours dans mon blog si tu souhaites y participer c’est par ici: http://milunenounou.blogspot.fr/2015/08/concours-de-la-rentree-produit-du.html

        Bonne soirée.

        Aimé par 1 personne

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