Polyamour

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Nous nous sommes rencontrés un jour de juin, la musique battait son plein pour célébrer l’arrivée de l’été. C’était le soir quand nous nous sommes vus la première fois, et malgré l’obscurité, je me suis sentie troublée quand nos regards se sont croisés. Une curieuse sensation de sérénité, de « je me sens bien ».

Nous avons passé la soirée ensemble, avec des amis à toi. Je me suis sentie bien. Nous nous sommes revus le lendemain, puis encore une semaine après, et cela s’est confirmé : nous étions attirés l’un par l’autre. Une belle histoire a alors commencé entre nous…

Assez rapidement, tu m’as parlé de ton passé sentimental. Tu venais de sortir d’une relation qui avait duré dix ans. Vous aviez habité ensemble dans ton appartement et étiez pacsé. Et oui, dix ans c’est long ! C’était tellement énorme pour moi qui avais certes connu plusieurs histoires, mais la plus longue avait duré un an et demi. Dix ans… Une histoire qui ne s’efface pas ainsi, du jour au lendemain. Mais tu m’as rassuré en me disant que oui, c’était vraiment fini entre vous, sinon tu ne serais pas en couple avec moi. J’ai choisi de te faire confiance. Tu me montrais que tu tenais à notre relation et que tu voulais t’investir avec moi. Au bout d’un mois, tu as annoncé à ton ex qu’il faudrait qu’elle vienne chercher ses affaires chez toi. « Elle viendra en septembre. », m’as tu assuré.

L’été est passé, nous avons vécu de belles vacances tous les deux, nous nous sentions bien. Et puis septembre est arrivé, je suis revenue dans la ville de mes études, et comme nous étions voisins, j’ai rapidement passé tout mon temps dans ton appartement. Ton appartement, où d’après la liste des logements de l’immeuble, habitaient encore toi et ton ex. Cette liste me narguait chaque fois que je pénétrais dans le hall, mais je voulais que cela soit toi qui barres le nom de ton ex. Tu n’y pensais jamais, et puis finalement, après de nombreuses semaines, un jour où j’ai insisté, tu as fini par rayer son nom. Mais celui-ci figurait toujours sur ta boîte aux lettres, mais comme elle ne s’était pas occupé des changements administratifs, tu ne pouvais pas le retirer.

Et ses affaires étaient toujours là. Elle ne pouvait pas venir. Elle a failli venir un jour, mais a finalement annulé la veille. Cela t’a énervé, je me suis dit que tu avais vraiment envie que cette histoire soit définitivement finie. Tu me l’avais même assuré: « C’est vraiment désagréable d’être pris entre deux histoires. »

Je l’imaginais bien, alors j’ai pris mon mal en patience, et j’ai attendu que les choses évoluent. Comme cela devenait sérieux entre nous, je vivais de moins en moins bien l’immobilisme de la situation. Ses affaires étaient toujours là, et tu ne savais pas quand elles allaient partir. Tu disais que c’était à elle de venir les chercher. Surtout, j’avais vraiment hâte que vous mettiez fin au pacs. Pour moi, la rupture de ce contrat signifiait le réel et définitif achèvement de votre histoire.

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Et puis elle est finalement venue un jour. Je n’étais pas là, bien évidemment. Vous vous êtes vus rapidement, car tu n’avais que peu de temps à lui accorder. Cela t’a troublé de la voir. Normal, revoir la personne qui a partagé dix ans de notre vie et que l’on n’avait pas croisé depuis huit mois… Elle a emmené une partie de ses affaires, et voir devenir vides certains recoins de ton appartement t’a affecté. La séparation devenait vraiment réelle et effective : dix ans de ta vie étaient en train de partir et tu t’es dit que c’était cette prise de conscience qui t’affectait vraiment. Tu étais sûr de toi, il n’y avait plus d’amour entre vous. Pendant un an, vous avez vécu à distance, vous vous êtes habitués à une vie l’un sans l’autre et vous vous êtes éloignés. Et puis finalement, envolé l’amour… Tu ne pouvais pas ressentir quelque chose pour elle, c’était impossible. Tu étais avec moi, et tu n’éprouvais que des sentiments pour moi. Tu avais envie d’être en couple avec moi.

Tu as alors repris ta vie, en te concentrant sur notre histoire et en cachant dans un coin de ta tête ce que tu as ressenti ce fameux vendredi où elle est venue. Mais elle n’avait pas pu emmener toutes ses affaires, et vous n’aviez pas eu le temps de rédiger la lettre mettant fin au pacs. Elle a alors du revenir un mois plus tard. Et cette fois, tout a basculé.

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Tu as ressenti à nouveau ce trouble quand tu l’as vue, mais ce n’était pas un trouble de gêne causé par le fait de revoir celle que l’on avait aimé. Non c’était plutôt un trouble positif, joyeux, comme quand l’on est heureux de revoir une personne qui nous a manqué. Et tu t’es rendu compte que ta vie avec elle, sa présence te manquaient. Tu t’es rendu compte que parler avec elle et partager des moments ensemble te manquaient. Tu avais essayé de le nier pendant le mois qui venait de s’écouler, mais tu ne pouvais plus faire semblant – oui, elle te manquait. Mais tu ne comprenais rien, car tu étais sûr de toi : tu m’aimais, tu aimais être avec moi. – Que se passait-il au fond  de toi?

Votre rencontre a été une nouvelle fois très rapide, vous étiez tous les deux pressés par le temps. Mais cette fois, tu ne pouvais pas mettre de côté ce que tu avais ressenti. Vous n’aviez toujours pas pu mettre fin au pacs, mais cette pensée ne t’attristait pas. Il existait encore un signe quelque part que votre histoire continuait toujours, et cela te réchauffait le coeur.

Nous ne pouvions pas nous revoir avant une semaine, et tu as profité de ce moment pour réfléchir sur tes sentiments, et sur ce que tu voulais vraiment. Tu étais bien avec moi, je t’apportais beaucoup de choses positives, mais elle aussi t’avait apporté beaucoup de positif. Et tu n’avais plus envie d’y renoncer. Tu ne pouvais choisir entre les deux, maintenant que les sentiments avaient refait surface.

Sûr de toi, tu as décidé de m’en parler. Attentive et observatrice, j’avais bien remarqué que tu n’avais pas réellement envie de mettre fin à cette histoire. Mais je n’y comprenais rien car tu semblais sincère avec moi. Tu faisais attention à moi, tu t’intéressais à moi, tu me montrais que tu m’aimais. L’idée que tu éprouves des sentiments pour elle aussi avait doucement commencé à germer dans mon esprit. Mais c’était juste un doute, une ombre de soupçon – je n’avais pas spécialement envie de te partager, et encore moins de renoncer à toi.

Ainsi, quand tu as commencé à te dévoiler, je n’ai pas été réellement surprise. Bien sûr, cela a été difficile à admettre. Tu m’as expliqué qu’elle était vraiment importante pour toi, que tu te sentais incomplet quand elle n’était pas là. La revoir avait réveillé toutes ces sensations que la distance avait enfoui. Tu m’as aussi expliqué que tu tenais vraiment à moi, que tu étais heureux avec moi et que cela te rendrait vraiment malheureux de me perdre.

J’ai cherché à comprendre et à accepter ce que tu ressentais. On a pu discuter tous les deux. Je t’ai demandé si elle était au courant de tes sentiments. Tu m’as répondu que non, tu voulais d’abord m’en parler. Elle allait revenir habiter dans la région, donc c’était l’occasion à saisir pour se relancer à nouveau, et retrouver ce que la distance avait effacé.

J’ai réfléchi et je me suis demandée si j’allais pouvoir accepter le fait de te partager. Tu avais été sincère et tu étais toujours respectueux et correct envers moi. Si j’acceptais que tu te remettes en couple avec elle, il n’y aurait pas de changement : tu verrais deux femmes, mais tu n’irais surtout pas voir ailleurs. Etre en couple avec nous deux suffirait à ton bonheur, et tu ne voulais surtout pas prendre le risque de briser cet équilibre. On continuerait à partager les mêmes choses, à avoir la même complicité, à être autant amoureux, mais tu serais moins disponible pour moi. Cela serait le seul changement. Mais cela serait du temps en plus pour me retrouver et pour vivre ma vie.

J’avais conscience que cette relation avec elle était très importante pour toi, surtout qu’elle avait représenté une bonne partie de ta vie, et y renoncer définitivement te fendait le coeur. Tu n’arrivais pas à t’y résoudre.

Nous nous sommes endormis après un câlin prolongé, chacun plongé dans nos réflexions. « Notre couple va-t-il survir à ce changement? Allons nous réussir à trouver un équilibre? » « Vais-je être réellement heureuse ainsi? »

Je tenais à ton bonheur et je voyais que cela te tenait vraiment à coeur. J’étais rassurée sur tes sentiments, alors j’ai décidé de te laisser vivre cette autre histoire.

Tu lui en as parlé, elle était heureuse d’entendre ces mots car elle aussi s’était rendu compte que ses sentiments avaient ressurgi et qu’elle ne voulait pas mettre définitivement fin à votre histoire. Elle savait que tu étais en couple, mais elle savait que ce que tu éprouvais pour elle était sincère et réel – les dix ans passés ensemble lui avaient prouvé. Elle décida elle aussi de te faire confiance, et accepta de construire cet équilibre avec toi.

Tu étais alors heureux : tu pouvais profiter des deux femmes que tu aimais. Bien sûr, cela n’était pas toujours facile, mais ceci est une autre histoire…

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***

PS: c’est long >.> Merci à vous si vous avez lu jusqu’au bout :D Cette histoire est inspirée de la réalité, mais n’est pas la réalité. La réalité je ne la connais pas, et je n’ai pas envie de la connaître de toute façon. (Surtout qu’on s’en fiche) J’ai juste découvert le sujet du polyamour sur les forums de Madmoizelle, et c’est un sujet qui m’intrigue et me fait réfléchir, donc j’avais envie d’écrire dessus.

Si vous vous voulez en savoir plus sur les différents « modèles » de relation amoureuse, je vous invite à lire le blog Les fesses de la cremière, qui est vraiment pertinent et bien renseigné. Dans ce blog, le polyamour est défini ainsi: « Le terme polyamoureux désigne ceux qui aiment (ou du moins s’autorisent à aimer) plusieurs personnes à la fois.

Avec le polyamour, on sort de la notion traditionnelle de couple, dans la mesure où il n’y a aucune raison de considérer une hiérarchie entre les différentes relations qui se nouent. Il s’agit d’une organisation amoureuse très ouverte, où les projets des uns avec les autres donnent lieu à des discussions croisées très denses pour tâcher de répondre aux besoins, aux envies, aux peurs de chacun sans imposer à quiconque un schéma tout fait. « 

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2 commentaires sur « Polyamour »

  1. J’avoue que c’est quelque chose avec laquelle j’ai du mal. Je ne pense pas être un jour en mesure de laisser un homme en aimer une autre à côté de moi.Je préfère de loin lui rendre sa liberté. Et repartir pour une nouvelle vie.

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